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Archive for the ‘Moeurs’ Category

La Mort: avant le service

In Moeurs on 17 November 2013 at 11:29

Extrait tiré du livre Convenances et Bonnes manières: le code moderne du savoir-vivre publié par Berthe Bernage aux Éditions Gauthier Languereau. 5e édition. Paris. 1953.

A la maison mortuaire — Les invités vont soit au domicile du défunt, soit à l’église. Même si le billet porte « On se réunira à l’église », les intimes peuvent aller à la maison.

Quelques coutumes ont changé. Jadis, on tendait d’une draperie noire ou blanche la porte cochère de la maison et on exposait le cercueil sous la voûte ou dans le vestibule d’entrée, transformé en une sorte de chapelle ardente. Beaucoup de personnes suppriment les draperies de la porte. On expose très rarement le corps en face de la rue.

C’est dans la maison même — au salon, dans le vestibule ou dans la chambre mortuaire — qu’on met le cercueil recouvert d’un drap noir ou blanc et entouré de cierges. Un vase contenant de l’eau bénite et un goupillon est placé près du cercueil.

La famille se tient dans le salon. On se serre la main. Aucune conversation ne s’engage entre les personnes présentes. Si l’on doit parler, on le fait à voix basse. Une mère, une veuve, une personne âgée, n’est pas tenue de recevoir. Les hommes de la famille peuvent recevoir seuls.

Quand l’heure du service est venue, l’ordonnateur des Pompes funèbres annonce le départ en venant saluer la famille. Les parents, les invités, quittent alors la maison et vont attendre dans la rue le départ du cortège. Ils se placent derrière le corbillard, les hommes de la famille d’abord, puis les autres hommes, puis les femmes.

Aux grands enterrements, les femmes de la famille montent en voiture et se font conduire directement à l’église avant le départ du cortège. Dans l’aristocratie, l’ancien usage voulait que les dames disparaissent du cortège, n’allant pas même à l’église.

1953

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Quelles sont les règles à suivre dans les magasins?

In Moeurs, Société on 21 May 2013 at 18:43

Extrait du livre Milles questions d’étiquette: discutées, résolues et classées publié par Madame M. Sauvalle. Montréal, Éditions Beauchemin, 1907. 

Q. — Quelles sont les règles à suivre dans les magasins?

R. — N’entrez jamais dans un magasin si vous n’avez rien à y faire.

Demandez ce que vous désirez aussi clairement que possible.

N’examinez pas cinquante choses dont vous n’avez pas besoin.

Si vous n’avez pas envie d’acheter, mais seulement d’examiner et de vous informer, dites-le tout de suite.

Ne marchandez jamais; si le prix ne vous convient pas, allez ailleurs.

Ne restez jamais à hésiter devant un comptoir.

Décidez-vous promptement. Si vous n’êtes pas décidée, vaut mieux quitter le magasin et revenir.

N’abimez pas les objets que vous touchez.

Ne donnez jamais de dérangements inutiles aux commis.

Ne demandez jamais d’échantillons sans vous excuser et à moins que vous ne vouliez réellement revenir prendre les marchandises ou essayer d’assortir.

Autant que possible faites porter vos paquets à domicile.

Ne faites jamais attendre un commis pour causer avec une amie.

Si vous voulez causer, écartez-vous du comptoir pour que le commis puisse servir d’autres personnes.

N’appelez jamais un commis qui est occupé à servir une autre personne.

Si vous voulez être servie par tel commis en particulier, attendez qu’il soit libre.

Il est de mauvais goût de se moquer ou de railler les articles qui vous sont offerts; s’ils ne vous conviennet pas, laissez-les là. Faites grâce de vos commentaires.

Ne vous allongez pas sur le comptoir.

Planter ses deux coudes sur un comptoir est d’un effet pitoyable.

Bousculer ou pousser quelqu’un à un comptoir est de mauvaise éducation.

Ne prenez jamais des mains d’une personne un article qu’elle examine; attendez qu’elle l’ait reposé sur le comptoir.

Les chuchottements ou les apartés sont de mauvais goût dans un magasin.

Il est impoli d’arrêter les amis que l’on rencontre dans un magasin pour les consulter sur des achats avant qu’ils aient terminé les leurs.

Il est impoli, à moins d’en être priée, d’exprimer son avis sur les achats des autres personnes ou sur leur goût en achats.

The Kerstner Mercantile Company, Allenville Mo. 1907

Tenir maison: le téléphone

In Moeurs, Tâches domestiques on 12 May 2013 at 21:57

Extrait du livre Tenir Maison publié par Françoise Gaudet-Smet. Ottawa, Les Éditions de l’homme, 1968. De la collection de Thérèse.

Il est obligatoire de déterminer avec intelligence la place du téléphone dans une maison; de prévoir d’office un bloc-notes et un crayon attaché solidement à proximité, de sorte que personne ne dise jamais à personne: “At-ten-dez-que-j’aille-chercher un papier et un crayon”. La vie est courte et le temps perdu ne se retrouve jamais.

On ne doit jamais appeler ses amis à l’heure des repas, et encore moins au moment de leur préparation. Rater une sauce, une soupe, un bifteck, retrouver des mets carbonisés, et se croire dans l’obligation de dire: “Mais non, tu ne me déranges pas”, cela complique l’existence bien inutilement. Et les enfants commencent très jeunes à trouver que les grandes personnes sont menteuses.

Les conversations téléphoniques prolongées sont souvent le plus grand ennemi d’une maîtresse de maison. Trop de confidences indues sont multipliées à la faveur de la facilité à se laisser aller au verbiage. Une perte de temps considérable s’ensuit en même temps qu’un éparpillement de mots inutiles.

Le sablier qui sert à mesurer le temps de cuisson des oeufs bouillis pourrait avoir un frère jumeau près du téléphone. Essayez voir … Laissez couler le sable au début d’une conversation. Cinq minutes? Il faudrait que ce soit d’une importance capitale. Si le sujet est insignifiant, qu’il couvre dix minutes de blablabla, c’est comme un oeuf cuit trop dur: impossible à digérer, et fatal pour la santé physique ou mentale. 

Mesurer les mots … et les discours. “L’artiste se révèle dans la limite,” disait Goethe.

1968

Code: les vêtements féminins

In Beauté, Mode, Moeurs on 28 March 2013 at 11:22

Extrait tiré du livre Visages de la politesse publié par Thérèse Thérieault. Montréal et Paris: Fides, 1967. De la collection de Thérèse.

Ne croyez pas que le foulard remplace le chapeau, même s’il est pratique durant l’hiver et les jours de pluie.

Adoptez des coiffures sobres; évitez les chapeaux excentriques.

Achetez des chaussures qui serviront en plusieurs circonstances.

Prenez soin de votre santé; ne vous entêtez pas à marcher sur des talons hauts si on vous le déconseille.

Choisissez vos gants avec discenrnement; tentez compte de vos occupations et de vos obligations.

Ne craignez pas de les rafraîchir souvent; des gants sales déparent une jolie main.

N’ayez pas plus de deux bagues à la fois; seules les femmes mariées et les fiancées en portent à la main gauche.

Réservez les bijoux rutilants pour la fin de l’après-midi et le soir; évitez de les porter en matinée.

N’utilisez pas un parfum de qualité inférieure; son odeur incommodera.

Employez les mêmes essences pour votre linge et vos appartements; les mélanges ne sont pas toujours heureux.

Appliquez votre maquillage avec modération; vous paraîtrez plus distinguée.

Ne dissimulez pas la saleté de vos ongles sous un vernis brillant.

Consumer Electronics Show 1967: Even in 1967, there were "booth babes," here referred to as "CES Guides." The first CES was notable for the increasing dominance of solid-state electronics and an influx of Japanese manufacturers.

Consumer Electronics Show: Even in 1967, there were “booth babes,” here referred to as “CES Guides.” The first CES was notable for the increasing dominance of solid-state electronics and an influx of Japanese manufacturers.

La Québécoise et le “joual” au français

In Beauté, Moeurs, Non classé, Société on 17 March 2013 at 18:38

Extrait du livre Petit dictionnaire du “joual” au français publié par Augustin Turenne. Les Éditions de l’homme, Montréal, 1962. 5e édition. Livre acheté à la vente de la bibliothèque de Westmount.

Le Canadien français est son propre ennemi sur le plan linguistique. Même s’il connaît convenablement le français, il a peur de le parler et surtout honte de le bien parler. Il craint de se rendre ridicule auprès de ses propres compatriotes.

La campagne de refrancisation en cours dans notre province doit être l’oeuvre de tous les Canadiens français. Ce petit dictionnaire, préparé d’après ma propre expérience, constitue ma modeste contribution à cette croisade. J’espère qu’il sera profitable à mes compatriotes.

Je termine en formulant un voeu: après avoir longtemps ridiculisé ceux qui parlaient bien, pourquoi ne ririons-nous pas à l’avenir de ceux qui parlent “joual”.

La vie féminine

Auburn (cheveux) – roux, châtain roux

Bleach (cheveux) – décoloration; décolorant

Blue jeans – pantalon (de coutil)

Bobby pins – épingles à cheveux

Brassière* – soutien-gorge

Brassière strapless – bustier

Broches à cheveux – épingles à cheveux

Collerette * – pèlerine, mante

Compact – poudrier (de sac à main)

Curlers – bigoudis, frisettes

Curl-pins – épingles à friser

Cutex – vernis (à ongles)

Farde – fard

Gants de kid – gants de chevreau

Hood (contre la pluie) – capuche 

Jaquette* – chemise de nuit

Lipstick – rouge à lèvres

Make-up – maquillage, fard

Nail-clipper – coupe-ongles

Net à cheveux – résille, filet, réseau

Panties – culotte

Pendatif – pendentif

Permanent (rouge à lèvres) – tube de rechange

Remover – dissolvant

Rinse – shampoing colorant

Sacoche* – sac à main

Set de manucure – trousse de manucure

Slacks – pantalon

Slip – jupon

Spray net – laque (f.)

Toque* – chignon

Tweezers – pince à épiler, épiloir

Un astérisque (*) indique que le mot est français mais qu’on lui donne un autre sens que celui qu’il a en bon français.

"At the 1962 National College Queen contest. Utah State University's Cecilia Harrison won the title that year. Competitions including ironing blouses and cooking hamburgers"

“At the 1962 National College Queen contest. Utah State University’s Cecilia Harrison won the title that year. Competitions including ironing blouses and cooking hamburgers”

Madame et le bonheur: la politique de la vie

In Mariage, Moeurs, Profession on 5 July 2012 at 21:00

Extrait du livre Madame et le bonheur publié par Christiane Collange. Montréal, Paris, 1972. De la collection de Thérèse.

Une amie journaliste me raconte que sa fille de vingt ans est fiancé avec un délicieux garçon. Moi, de la féliciter. «Je ne suis pas enthousiaste, me confie-t-elle, son fiancé est apparemment charmant, il l’adore, elle l’adore, tout serait parfait, mais il  veut absolument qu’elle s’arrête de travailler pour s’occuper de son ménage. Je suis inquiète.» Cinq ans plus tard, je la rencontre et lui demande des nouvelles de sa fille. «Elle divorce. Tout a été mal depuis le jour de leur mariage. De mal en pis. Disputes continuelles — pour rien, pour tout; j’ai cru que ça s’arrangerait. Non… Ma fille a décidé de le quitter; un beau matin, je l’ai vue revenir à la maison. Quand je lui ai demandé ce qui s’était passé, elle m’a dit: «Rien de tres grave, nous ne pouvions simplement pas du tout vivre ensemble.»

Je m’en suis voulu rétrospectivement de mon silence. Mon instinct avait été de crier «casse-cou» au moment des fiançailles. Un jeune homme de 23 ans qui interdit à la femme qu’il aime de garder le contact avec un univers professionnel qui l’intéresse et l’enrichit est un dangereux personnage. On pourrait prendre cette attitude pour une preuve d’intérêt et d’amour. Ne s’agit-il pas plutôt d’une ingérence tout à fait injustifiée dans une vie régie en principe par les droits de la femme et de la citoyenne. Est-ce vraiment la tendresse qui parle, n’est-ce pas plutôt une certaine façon de sacrifier l’individu à l’intérêt supérieur de la nation. Quand on commence dans cette voie, jusqu’où va-t-on? Mais j’aurais eu l’air d’une suffragette, si j’avais émis ces jugements politiques, on m’aurait surement opposé l’argument imparable, irréfutable: «Mais ils s’aiment.»

«Ils s’aiment». Et alors? Peut-on espérer bâtir toute une vie, régler tous les conflits, supporter le meilleur et le pire au seul nom de l’amour? Surement pas. Sans amour, mieux vaut ne pas tenter l’aventure, aucun combat ne peut se passer d’un idéal. Mais avec amour, on ne met pas pour autant toutes les chances de son côté! Si l’amour est une condition nécessaire, rien ne prouve qu’il soit une condition suffisante. La preuve? Mais la constante augmentation des divorces. Je crois qu’aucun jeune couple aujourd’hui ne se présente devant Monsieur le Maire sans une petite flamme ou un grand feu au coeur. La conception du mariage raisonnable avait ses défenseurs aux siècles précédents, aujourd’hui, cela ne fait plus partie des moeurs. Cela n’empêche pas ensuite ces porteurs du feu sacré de s’entre-déchirer et de se séparer une fois sur dix selon les statistiques officielles.

Trois générations: la femme, sa belle soeur, sa belle-mère et sa fille. Chicago. Novembre 1972.

La femme et la cigarette

In Moeurs on 3 April 2012 at 13:03

Extrait tiré du livre Visages de la politesse publié par Thérèse Thérieault. Montréal et Paris: Fides, 1967. De la collection de Thérèse.

On s’étonne moins aujourd’hui de voir une femme griller une cigarette. Ce qui était jadis une exception est devenue une habitude courante. Des adolescents commencent souvent au temps des études, ce qui est fort regrettable, et gardent jusqu’à un âge avancé l’habitude de fumer.

Les bienséances cependant exigent plus de la femme que de l’homme. Ainsi on n’admet pas qu’une mère soigne, berce ou baigne son enfant en fumant. Outre une question d’hygiène et de prudence, l’image que l’on se fait de la femme dans son rôle de maman ne cadre pas avec la cigarette.

Une femme s’abstient de fumer sur la route, à moins d’être assise à la terrasse d’un café. Elle peut le faire dans un restaurant, mais non en entrant ou en sortant. A la porte d’un théâtre, on lui permettra de griller une cigarette discrètement. Cependant, elle fumera sans se faire remarquer en plein air, dans un parc de la ville où à la campagne, sur les grandes routes.

Une femme qui fume ne doit pas compter sur les autres pour lui offrir des cigarettes. Si elle a quelque fierté, elle se préoccupe de refaire sa provision.

CODE

  • Si vous êtes la maîtresse de maison et que personne ne fume, abstenez-vous de fumer.
  • Placez des cendriers à la portée de vos visiteurs: videz-les avant qu’ils ne soient remplis.
  • Ne faites pas sauter votre cigarette sur le dos de votre main ou sur le cendrier pour en tasser le tabac.
  • Ayez soin de sortir à demi la cigarette que vous présentez; offrez-en à ceux qui vous entourent si vous désirez fumer.
  • Présentez du feu aux dames d’abord, aux hommes ensuite; ne gardez pas votre cigarette aux lèvres pendant que vous accomplissez ce geste.
  • Présentez le briquet ou les allumettes au fumeur qui s’en servira lui-même, n’allumez pas sa cigarette, mademoiselle.
  • Ne soufflez pas l’allumette ou le briquet qu’un homme vous tend.
  • Déposez vos allumettes dans les cendriers; ne les jetez pas n’importe où.
  • Eteignez votre cigarette; ne la laissez pas se consumer dans le cendrier car la fumée incommode.
  • Déposez votre cendre dans les cendriers; ne la secouez pas sur les tapis, dans les vases à fleurs et les potiches.
  • Abstenez-vous de fumer en voiture, si vous savez que la fumée fatigue vos voisins.
  • Cessez de fumer, monsieur, lorsque vous abordez une dame dans la rue, au salon ou ailleurs; attendez qu’elle vous invite à continuer.
  • Vous pouvez dire, si elle ne semble pas y penser, «Vous permettez, madame?»
  • Continuez toutefois de fumer devant un homme plus jeune ou un égal, après lui avoir tendu votre étui et votre briquet.

University of Santa Barbara Geography Program faculty and secretary, on stairs to campus beach.

Une sorcière comme les autres

In Mariage, Maternité, Moeurs, Sexualité, Statut légal on 8 March 2012 at 14:58

Paroles de la chanson Une sorcière comme les autres de l’auteur-compositeur-interprète Anne Sylvestre — Anne-Marie Beugras de son vrai nom. 1975.

S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefois
J’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît
Faîtes vous léger
Moi je ne peux plus bouger

Je vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amour
Je vous ai porté encore
A l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Je vous ai morcelé mon coeur

Quand vous jouiez à la guerre
Moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisons
Quand vous mourriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Avec tout le malheur dedans
Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle
Ou qui se tait
Celle qui pleure
Ou qui est gaie
C’est Jeanne d’Arc
Ou bien Margot
Fille de vague
Ou de ruisseau

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Et c’est la soeur
Ou l’inconnue
Celle qui n’est
Jamais venue
Celle qui est
Venue trop tard
Fille de rêve
Ou de hasard

Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres
Il vous faut
Etre comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attend
S’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie
Ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà
Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiez
Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue

Quand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plus
Quand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessous

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime
Ou n’aime pas
Celle qui règne
Ou qui se bat
C’est Joséphine
Ou la Dupont
Fille de nacre
Ou de coton

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui attend
Sur le port
Celle des monuments
Aux morts
Celle qui danse
Et qui en meurt
Fille bitume
Ou fille fleur

Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous y rêvez depuis longtemps
Libre et fort comme le vent
S’il vous plaît
Libre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur
Pour moi je vous sais par coeur

J’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi je peux
J’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière
J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pas
Mais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peux plus
Le sol se rompt
On découvre des richesses inconnues
La mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyé

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre
Ou c’est l’enfant
Celle qui cède
Ou se défend
C’est Gabrielle
Ou bien Eva
Fille d’amour
Ou de combat

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui est
Dans son printemps
Celle que personne
N’attend
Et c’est la moche
Ou c’est la belle
Fille de brume
Ou de plein ciel

Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Faîtes vous léger
Moi je ne peux plus bouger

The Runaways avec leur impressario Kim Fowley, 1975.

La danse, les curés et les confesseurs

In Moeurs, Religion on 6 January 2012 at 13:48

Note de l’éditeur: Un grand merci à Ianick Marcil pour le tuyau.

Extrait tiré du livre Théologie morale à l’usage des curés et des confesseurs. Publié par Mgr. Thomas M.J. Gousset. Paris: Jacques LeCoffre et cie, Libraires, 1848.

Rarement la danse, même décente, est sans quelque danger: le plus souvent elle est dangereuse, plus ou moins, suivant les circonstances et les dispositions de ceux qui la fréquentent; il serait donc imprudent de la conseiller ou de l’approuver. Mais  autre chose est d’approuver la danse; autre chose, de la tolérer. Un pasteur fera tout ce qu’un zèle éclairé lui permettra de faire, pour empêcher les danses et les bals de s’introduire dans sa paroisse. Il évitera toutefois d’aller trop loin, de crainte d’être plus tard dans la nécessité de reculer; ce qui compromettrait son autorité. Si, malgré sa vigilance et ses exhortations, la danse s’introduit et s’établit dans sa paroisse, il doit la tolérer, sauf les cas suivants:

1° Un confesseur ne peut absoudre ceux qui persistent à vouloir fréquenter les danses regardées comme étant notablement indécentes, soit à raison des costumes immodestes qu’on y porte, mulieribus nempe ubera immoderate nudata ostendentibus, soit à raison des paroles obscènes qu’on s’y permet; soit enfin à raison de la manière dont la danse s’exécute, contrairement aux règles de la modestie. On excuserait cependant une femme qui, ne se permettant rien de contraire à la décence, prendrait part à la danse uniquement pour faire la volonté de son mari, auquel elle ne pourrait déplaire sans inconvénient.

2° Il ne peut absoudre ceux qui fréquentent les bals masqués, à raison des désordres qui en sont inséparables.

3° II ne doit point absoudre ceux qui ne veulent pas renoncer à l’habitude de danser pendant les offices divins.

4° Que la danse se fasse d’une manière convenable ou non, on ne peut absoudre les pénitents pour lesquels elle est une occasion prochaine de péché mortel, à moins qu’ils ne soient sincèrement disposés à s’en éloigner. Mais, pour que la danse soit une occasion prochaine de péché mortel, il ne suffit pas qu’elle occasionne de mauvaises pensées ou autres tentations, même toutes les fois qu’on y va; car on en éprouve partout, dans la solitude comme au milieu du monde.

Signataires de la Convention de Seneca Falls de 1848, la première convention pour les droits des femmes à se dérouler sur le sol des États-Unis.

Gens de maison: les domestiques

In Moeurs, Profession on 2 January 2012 at 13:34

Extrait tiré du livre Les Annales politiques et littéraires, tome quatre-vingt-cinquième. Article d’Yvonne Sarcey (nom de plume de Madeleine Brisson). Paris: Rédaction et Administration, 1925.

Suite à la publication d’une série d’articles à ce sujet dans les numéros des 19 juillet et 2 août 1925:

Quelques maîtresses de maison ont cru que le prenais la défense des domestiques. Dieu m’en garde! …

J’ai simplement constaté que c’était une espèce en train de disparaître et dont on ne retrouverait plus le spécimen qu’à l’état d’exception… La vieille servante d’autrefois, humble, soumise, contente de sa mansarde et de son dur labeur, a vécu. Il en est de son auguste figure comme de ces fiacres traînés par une haridelle dont on regarde la silhouette avec l’attendrissement des vieilles choses en train de disparaître et qu’on aimait. On sait qu’on ne les reverra plus; les moteurs ronflent, les trompes déchirent l’air, la file des taxis s’allonge aux stations, la vitesse règle et dérègle la vie moderne. Ceci a tué cela … Le pauvre fiacre trottinant, son vieux cocher à la trogne rougie par le vent, ruisselant du haut de son siège sous ses triples pèlerines, ne s’adapte plus aux mœurs… Il circule encore, à l’ébahissement des enfants; mais, demain, le dernier fiacre ira se ranger en quelque musée rétrospectif, aux côtés de la berline ou de la diligence, pas loin de la chaise à porteurs, et la foule, le dimanche, regardera la relique avec des yeux étonnés, et jugera cette boîte suspendue sur quatre roues d’un comique irrésistible.

Ainsi, peut-être, en va-t-il des domestiques d’antan…

Il surgit à l’heure présente, dans nos ménages, des personnes explosives frappées du mal du siècle: l’indépendance… Sans culture, sans éducation, elles foncent comme des énergumènes dans cette voie sacrée de la liberté où tout le monde se précipite, et s’y montrent pour la plupart maladroites ou insolentes. Mais le fait essentiel, impossible à nier, c’est qu’elles y sont, et elles ne retourneront pas plus à leur esclavage d’hier que nos filles ne reviendront à leur petite broderie, rêver, sous la lampe à pétrole, au beau jeune homme qui les enlèvera… Il faut donc s’arranger, trouver un terrain d’accommodements, faire reculer d’un pas les excitées, et avancer au-devant celles, plus dignes, qui ne demandent qu’un peu de mieux-être et leur part de liberté… Car, ne l’oublions pas, une évolution formidable a créé un esprit nouveau, des besoins autres, une conception de la vie totalement différente… Et se lamenter sur ce qui n’est plus, regretter les bonnes d’autrefois, le respect de jadis, les habitudes de ma grand’mère, c’est s’agiter dans le néant et parler pour ne rien dire… S’adapter pour n’avoir pas à abdiquer, voilà qui me semble plus sage et peut-être plus adroit.

Or, nos filles ont cru, en prenant bachots et licences, se libérer des soucis matériels. Grande méprise! Elles n’avaient pas prévue que, pendant qu’elles s’évadaient par le travail, la classe au-dessous, par un rythme identique, répondait aux mêmes secrètes aspirations, cherchait également à s’affranchir… Et tout à coup ces intellectuelles, éprises de leur métier, ou ces jeunes mondaines, affolées de dancings, n’ont plus trouvé personne pour les servir. Et leur rencontre: maîtres et domestiques nouveau jeu, fut catastrophique. Ici, on ne savait plus commander; là, on ne voulait plus obéir. Et, comme toujours, les vieux ont payé les pots cassés…

Washington, D.C. American Nature Association. Monday September 14th, 1925. National Photo Company Collection glass negative.

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