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Archive for the ‘Profession’ Category

Madame et le bonheur: la politique de la vie

In Mariage, Moeurs, Profession on 5 July 2012 at 21:00

Extrait du livre Madame et le bonheur publié par Christiane Collange. Montréal, Paris, 1972. De la collection de Thérèse.

Une amie journaliste me raconte que sa fille de vingt ans est fiancé avec un délicieux garçon. Moi, de la féliciter. «Je ne suis pas enthousiaste, me confie-t-elle, son fiancé est apparemment charmant, il l’adore, elle l’adore, tout serait parfait, mais il  veut absolument qu’elle s’arrête de travailler pour s’occuper de son ménage. Je suis inquiète.» Cinq ans plus tard, je la rencontre et lui demande des nouvelles de sa fille. «Elle divorce. Tout a été mal depuis le jour de leur mariage. De mal en pis. Disputes continuelles — pour rien, pour tout; j’ai cru que ça s’arrangerait. Non… Ma fille a décidé de le quitter; un beau matin, je l’ai vue revenir à la maison. Quand je lui ai demandé ce qui s’était passé, elle m’a dit: «Rien de tres grave, nous ne pouvions simplement pas du tout vivre ensemble.»

Je m’en suis voulu rétrospectivement de mon silence. Mon instinct avait été de crier «casse-cou» au moment des fiançailles. Un jeune homme de 23 ans qui interdit à la femme qu’il aime de garder le contact avec un univers professionnel qui l’intéresse et l’enrichit est un dangereux personnage. On pourrait prendre cette attitude pour une preuve d’intérêt et d’amour. Ne s’agit-il pas plutôt d’une ingérence tout à fait injustifiée dans une vie régie en principe par les droits de la femme et de la citoyenne. Est-ce vraiment la tendresse qui parle, n’est-ce pas plutôt une certaine façon de sacrifier l’individu à l’intérêt supérieur de la nation. Quand on commence dans cette voie, jusqu’où va-t-on? Mais j’aurais eu l’air d’une suffragette, si j’avais émis ces jugements politiques, on m’aurait surement opposé l’argument imparable, irréfutable: «Mais ils s’aiment.»

«Ils s’aiment». Et alors? Peut-on espérer bâtir toute une vie, régler tous les conflits, supporter le meilleur et le pire au seul nom de l’amour? Surement pas. Sans amour, mieux vaut ne pas tenter l’aventure, aucun combat ne peut se passer d’un idéal. Mais avec amour, on ne met pas pour autant toutes les chances de son côté! Si l’amour est une condition nécessaire, rien ne prouve qu’il soit une condition suffisante. La preuve? Mais la constante augmentation des divorces. Je crois qu’aucun jeune couple aujourd’hui ne se présente devant Monsieur le Maire sans une petite flamme ou un grand feu au coeur. La conception du mariage raisonnable avait ses défenseurs aux siècles précédents, aujourd’hui, cela ne fait plus partie des moeurs. Cela n’empêche pas ensuite ces porteurs du feu sacré de s’entre-déchirer et de se séparer une fois sur dix selon les statistiques officielles.

Trois générations: la femme, sa belle soeur, sa belle-mère et sa fille. Chicago. Novembre 1972.

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Gens de maison: les domestiques

In Moeurs, Profession on 2 January 2012 at 13:34

Extrait tiré du livre Les Annales politiques et littéraires, tome quatre-vingt-cinquième. Article d’Yvonne Sarcey (nom de plume de Madeleine Brisson). Paris: Rédaction et Administration, 1925.

Suite à la publication d’une série d’articles à ce sujet dans les numéros des 19 juillet et 2 août 1925:

Quelques maîtresses de maison ont cru que le prenais la défense des domestiques. Dieu m’en garde! …

J’ai simplement constaté que c’était une espèce en train de disparaître et dont on ne retrouverait plus le spécimen qu’à l’état d’exception… La vieille servante d’autrefois, humble, soumise, contente de sa mansarde et de son dur labeur, a vécu. Il en est de son auguste figure comme de ces fiacres traînés par une haridelle dont on regarde la silhouette avec l’attendrissement des vieilles choses en train de disparaître et qu’on aimait. On sait qu’on ne les reverra plus; les moteurs ronflent, les trompes déchirent l’air, la file des taxis s’allonge aux stations, la vitesse règle et dérègle la vie moderne. Ceci a tué cela … Le pauvre fiacre trottinant, son vieux cocher à la trogne rougie par le vent, ruisselant du haut de son siège sous ses triples pèlerines, ne s’adapte plus aux mœurs… Il circule encore, à l’ébahissement des enfants; mais, demain, le dernier fiacre ira se ranger en quelque musée rétrospectif, aux côtés de la berline ou de la diligence, pas loin de la chaise à porteurs, et la foule, le dimanche, regardera la relique avec des yeux étonnés, et jugera cette boîte suspendue sur quatre roues d’un comique irrésistible.

Ainsi, peut-être, en va-t-il des domestiques d’antan…

Il surgit à l’heure présente, dans nos ménages, des personnes explosives frappées du mal du siècle: l’indépendance… Sans culture, sans éducation, elles foncent comme des énergumènes dans cette voie sacrée de la liberté où tout le monde se précipite, et s’y montrent pour la plupart maladroites ou insolentes. Mais le fait essentiel, impossible à nier, c’est qu’elles y sont, et elles ne retourneront pas plus à leur esclavage d’hier que nos filles ne reviendront à leur petite broderie, rêver, sous la lampe à pétrole, au beau jeune homme qui les enlèvera… Il faut donc s’arranger, trouver un terrain d’accommodements, faire reculer d’un pas les excitées, et avancer au-devant celles, plus dignes, qui ne demandent qu’un peu de mieux-être et leur part de liberté… Car, ne l’oublions pas, une évolution formidable a créé un esprit nouveau, des besoins autres, une conception de la vie totalement différente… Et se lamenter sur ce qui n’est plus, regretter les bonnes d’autrefois, le respect de jadis, les habitudes de ma grand’mère, c’est s’agiter dans le néant et parler pour ne rien dire… S’adapter pour n’avoir pas à abdiquer, voilà qui me semble plus sage et peut-être plus adroit.

Or, nos filles ont cru, en prenant bachots et licences, se libérer des soucis matériels. Grande méprise! Elles n’avaient pas prévue que, pendant qu’elles s’évadaient par le travail, la classe au-dessous, par un rythme identique, répondait aux mêmes secrètes aspirations, cherchait également à s’affranchir… Et tout à coup ces intellectuelles, éprises de leur métier, ou ces jeunes mondaines, affolées de dancings, n’ont plus trouvé personne pour les servir. Et leur rencontre: maîtres et domestiques nouveau jeu, fut catastrophique. Ici, on ne savait plus commander; là, on ne voulait plus obéir. Et, comme toujours, les vieux ont payé les pots cassés…

Washington, D.C. American Nature Association. Monday September 14th, 1925. National Photo Company Collection glass negative.

La Vie d’affaires

In Moeurs, Profession on 10 December 2011 at 18:23

Extrait tiré du livre Convenances et bonne manières: Le code moderne du savoir-vivre  publié par Berthe Bernage. Paris: Éditions Gauthier-Languereau. 5e édition. 1953. De la collection de Thérèse.

Pour les femmes de tous les âges, de tous les milieux, qui travaillent si nombreuses aujourd’hui, bien des questions se posent, rendues plus délicates par le mélange des deux sexes.
La femme doit adopter dans une large mesure l’état d’esprit masculin. Elle travaillera avec exactitude, sérieux et méthode.

La femme et ses chefs. — Qui a droit au respect, la femme employée ou ses chefs?
Ceux-ci, comme chefs, ont droit à la déférence, à la docilité. Celle-là, comme femme, a droit qu’on la traite avec courtoisie. Le chef peut attendre qu’elle la salue: il saura pourtant prendre les devants s’il s’agit d’une employée méritant par son âge, sa situation, sa valeur, des égards spéciaux. Le chef tendra la main le premier, s’il le juge à propos.
La travailleuse doit maîtriser sa susceptibilité, s’attendre à recevoir des ordres.
Elle doit être très attentive à sa réputation, qui pourrait être compromise par l’attitude d’un chef. La coquetterie est vite encouragée et peut entraîner loin.

La femme et ses camarades. — Pas d’amitiés engagées à la légère entre compagnes de bureau, d’atelier. Tout en montrant beaucoup d’affabilité, de complaisance, tenez-vous sur la réserve, parlez peu de vous et de votre vie familiale.
Entre garçons et filles, c’est le ton de camaraderie simple et courtoise qui convient. Pas de propos équivoques, messieurs. Et vous, mesdemoiselles, soyez plus discrètes pour vous poudrer, vous farder, vous recoiffer.
Si vous voulez avoir une attention gentille pour vos camarades, rendre une politesse, mieux vaut inviter à un goûter au dehors ou à une séance de théâtre ou de cinéma, que d’amener trop vite chez vous des inconnus ou inconnues.
Et n’écoutez pas les petites médisances, les «on-dit» sur tels ou telle de vos compagnons de travail. Soyez à votre affaire: c’est cela qui convient.

Pour solliciter un emploi. — Si vous le faites par lettre, écrivez à la main, car l’écriture donne de précieuses indications sur l’éducation, le caractère, l’ordre, le soin. Mais si on demande que ce soit dactylographié, conformez-vous à cette préférence. Signez à la main. Récrivez à la machine nom et adresse au bas du feuillet.
Enumérez brièvement, nettement vos titres, vos capacités, les références que vous pouvez fournir.
Si vous vous présentez en personne, ayez une tenue très correcte, seyante, mais discrète. Ne tendez pas la main. Ne vous asseyez pas avant qu’on vous y invite. Répondez avec sincérité et précision aux questions qui vous seront posées. Ne cherchez à tromper ni sur votre âge, ni sur vos capacités. N’ayez l’air ni intimidé, ni effronté. La simplicité est la meilleure attitude.
Quand votre interlocuteur se lèvera, vous saurez que l’entretien a duré suffisamment.

"School for Teachers. Ames Iowa Tribune photo published September 5, 1953. Teachers went to school Friday. Above are a few who attended the discussion group led by Everett Ritland. "

Valeur du travail de la femme à la maison

In Profession, Tâches domestiques on 21 September 2011 at 10:02

Extrait tiré du livre La femme de foyer: éducation ménagère des jeunes filles publié par Alphonse Piffault. C. Delagrave, éditeur. Paris. 1908. 

Considérons la valeur des salaires féminins. Sauf exceptions, elle est, en province, dans l’usine ou à l’atelier, inférieure à 2 fr. par jour. Dans le travail domestique au dehors, elle est voisine de 1 fr., parfois de 1 fr. 50. Le travail à domicile rapporte quotidiennement 1 fr. ou 1 fr. 25 parfois de 0 fr. 50 à 0 fr. 70, ou moins encore. En sorte que l’on peut estimer le gain mensuel de la mère inférieur à 50 fr., parfois même à 15 fr. Or, ce salaire est le produit d’un travail quotidien de neuf à onze heures, quelquefois de douze à quatorze heures. Dès lors, que peut faire pour la maison un femme qui a fourni un travail étranger, absorbant et pénible, qui, normalement, suffirait seul à ses forces?

La préparation des repas se fait à la hâte. La ménagère ne peut donner aux siens ces bonnes soupes à longue cuisson, où aucun élément n’est perdu. Elle peut toujours utiliser convenablement les restes. Elle doit avoir recours au charcutier, au tripier, à l’épicier, au marchand de légumes cuits. La qualité de l’alimentation reste inférieure. Et l’on peut affirmer, sans exagération, que la dépense croît au point, dans quelques cas, de doubler. D’autre part, le linge, trop rapidement et incomplètement blanchi, est plus vite sali. La ménagère, pressée par le temps, doit employer la brosse dure ou des substances qui hâtent l’usure des tissus. Les vêtements, mal surveillés et peu soignés, se défraîchissent et s’usent plus vite. Le ménage est fait rapidement. La maison est moins agréable. Elle attire moins le père, qui va souvent chercher au cabaret un confort qu’il ne trouve point chez lui. La mère, surmenée, donne le jour à des enfants débiles, difficiles à élever. Sa santé s’altère, parfois celle des siens. Le chômage survient. Et ainsi se trouvent considérablement accrues des dépenses qu’un travail régulier dans la maison aurait réduites ou peut-être évitées. Faut-il enfin rappeler le foyer détruit, les enfants délaissés, parfois livrés à la rue, l’unité de la famille compromise, les peines et les chagrins divers qui échappent à toute évaluation?

En résumé donc, la femme exclusivement ménagère apporte d’ordinaire au budget familial plus que ne lui apporte la femme ouvrière.

Usine à sueur, New York, 1908

 

La femme en politique

In Moeurs, Profession on 30 August 2011 at 18:34

Extrait d’une lettre signée René Lévesque, tiré du livre Le guide de la Québécoise: tome 1 publié aux Éditions l’héritage. Saint-Lambert. 1976. De la collection de Thérèse.

Au Québec, il n’y a qu’une femme député à l’Assemblée nationale.

Or, la politique embrasse tout l’activité humaine. Les gouvernements sont de plus en plus présents dans nos vies quotidiennes. (…) La politique est trop importante aujourd’hui pourrait-on dire, pour la laisser uniquement aux hommes.

Pourquoi retrouve-t-on si peu de femmes à des postes politiques importants dans notre régime dit démocratique, progressiste et avancé? Il semble que ce soit avant tout pour des raisons tenant aux mentalités et aux valeurs que véhicule notre société.

Dès leur plus bas âge, dans la famille, puis à l’école, on apprend aux enfants des rôles différents selon leur sexe. La future jeune fille sera confinée à la maison, élèvera des enfants, pourvoira aux tâches domestiques. Au futur jeune homme, on réserve le travail à l’extérieur, la carrière, les responsabilités importantes. Toute notre structure sociale traditionnelle tourne d’ailleurs autour de la notion du mâle, chef de famille, chef des entreprises économiques, chef religieux et bien sûr, chef de la nation.

La gent féminine accepte de moins en moins cette allocation injuste et discriminatoire des rôles qui confie à l’homme, et à l’homme seulement, les décisions importantes affectant l’ensemble de la société.

Si un changement de mentalité s’impose pour que la femme accède vraiment au monde de la politique, elle doit aussi modifier son attitude envers la chose publique. Elle doit s’y intéresser, se renseigner, y participer activement. (…) Les dépenses des gouvernements, financées à même nos impôts, ne comblent pas nos véritables besoins. A nous d’y voir tous ensemble, femmes comme hommes. Nous sommes tous citoyens et citoyennes du même pays.

Dans un contexte où, jusqu’à nouvel ordre, les changements collectifs sont encore trop exclusivement décidés par la moitié masculine de l’espèce, il est donc de la plus haute importance que les hommes comprennent aussi (de leur mieux!) que la qualité réelle de notre vie démocratique dépend en grande partie de la participation des femmes à la politique. Peut-être celle-ci sera-t-elle alors plus humaine.

Cinq femmes au Duke University Union circa 1976: Denise Creech, Union President 1975/76; Mary Mard, Freewater Film; Lynn Harmonay, Program council; Goldie Evans, bookeeper; Barbara Hall, Union President, 1976/77

 

 

La profession, rivale de la femme?

In Mariage, Profession on 6 May 2011 at 18:34

Extrait tiré du livre De la pérennité du couple: le savoir-faire en amour et la technique sexuelle publié par le Docteur Darlambach. Genève. 1979.

La plupart des femmes au foyen s’en plaignent amèrement. Elles accusent la profession de leur mari d’absorber trop de temps ou trop d’attentions à leur détriment, d’être un domaine réservé à lui seul, une sorte de chasse gardée. «Il n’y a que son métier qui compte; – il me dit jamais rien de son travail; – il est toujours ailleurs … etc.» ou au contraire «Mon mari ne pense qu’aux affaires; – il ne parle que de son métier; – il travaille tard le soir et délaisse notre seul moment de détente … etc.» La profession de l’homme serait-elle donc une dangereuse rivale pour le femme? Non, si la femme sait ou apprend que, lorsqu’on épouse un homme, il faut aussi épouser son métier. Comprenez votre mari: il ne peut réserver au travail le tiers de sa vie ou plus en donnant le meilleur de lui-même et s’en défaire totalement en passant le seuil de son foyer. Beaucoup de femmes rendent la vie pénible à leur mari en n’acceptant pas les servitudes de sa profession.

Clair de femme, 1979


La virginité

In Profession, Sexualité on 17 April 2011 at 11:15

Extrait tiré du livre Pour toi qui grandis, ma fille publié par Clément Tilmann, traduit par Madame A. Desgîts. Paris. 1962.

Il faut d’ailleurs, de façon générale, que tu saches que les êtres humains ne sont pas tous appelés à se marier. À chaque jeune fille s’offre deux possibilités: la virginité ou la maternité. Sans doute la plupart des jeunes filles sont-elles destinées à se marier, mais les deux vocations possibles sont également bonnes et voulues par Dieu. Il n’y à qu’à penser à toutes les femmes qui ne se marient pas pour mieux exercer leur profession: les assistantes sociales, les institutrices, les infirmières laïques. N’est-ce pas avant tout au service de l’humanité, des familles, qu’elles se dépensent? Et que seraient bien des familles sans leur amour si dévoué?

Qui sait s’il n’importe pas que toi, précisément, tu connaisses l’existence de cette vocation de virginité? Qui sait si Dieu, dans ses desseins insondables, ne t’a pas choisie, toi, pour le servir comme religieuse dans ton pays natal ou dans les missions? Ou qui sait s’il ne veut pas que tu le serves dans une carrière laïque, mais en restant célibataire? Demande donc souvent à Dieu de te dévoiler ses intentions à ton sujet.

Anna Karina dans Vivre sa Vie de Godard, 1962

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