michellesullivan

Valeur du travail de la femme à la maison

In Profession, Tâches domestiques on 21 September 2011 at 10:02

Extrait tiré du livre La femme de foyer: éducation ménagère des jeunes filles publié par Alphonse Piffault. C. Delagrave, éditeur. Paris. 1908. 

Considérons la valeur des salaires féminins. Sauf exceptions, elle est, en province, dans l’usine ou à l’atelier, inférieure à 2 fr. par jour. Dans le travail domestique au dehors, elle est voisine de 1 fr., parfois de 1 fr. 50. Le travail à domicile rapporte quotidiennement 1 fr. ou 1 fr. 25 parfois de 0 fr. 50 à 0 fr. 70, ou moins encore. En sorte que l’on peut estimer le gain mensuel de la mère inférieur à 50 fr., parfois même à 15 fr. Or, ce salaire est le produit d’un travail quotidien de neuf à onze heures, quelquefois de douze à quatorze heures. Dès lors, que peut faire pour la maison un femme qui a fourni un travail étranger, absorbant et pénible, qui, normalement, suffirait seul à ses forces?

La préparation des repas se fait à la hâte. La ménagère ne peut donner aux siens ces bonnes soupes à longue cuisson, où aucun élément n’est perdu. Elle peut toujours utiliser convenablement les restes. Elle doit avoir recours au charcutier, au tripier, à l’épicier, au marchand de légumes cuits. La qualité de l’alimentation reste inférieure. Et l’on peut affirmer, sans exagération, que la dépense croît au point, dans quelques cas, de doubler. D’autre part, le linge, trop rapidement et incomplètement blanchi, est plus vite sali. La ménagère, pressée par le temps, doit employer la brosse dure ou des substances qui hâtent l’usure des tissus. Les vêtements, mal surveillés et peu soignés, se défraîchissent et s’usent plus vite. Le ménage est fait rapidement. La maison est moins agréable. Elle attire moins le père, qui va souvent chercher au cabaret un confort qu’il ne trouve point chez lui. La mère, surmenée, donne le jour à des enfants débiles, difficiles à élever. Sa santé s’altère, parfois celle des siens. Le chômage survient. Et ainsi se trouvent considérablement accrues des dépenses qu’un travail régulier dans la maison aurait réduites ou peut-être évitées. Faut-il enfin rappeler le foyer détruit, les enfants délaissés, parfois livrés à la rue, l’unité de la famille compromise, les peines et les chagrins divers qui échappent à toute évaluation?

En résumé donc, la femme exclusivement ménagère apporte d’ordinaire au budget familial plus que ne lui apporte la femme ouvrière.

Usine à sueur, New York, 1908

 

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