michellesullivan

Dis, ma mie: le bon langage

In Société on 26 May 2013 at 18:59

Extrait tiré du livre Écoute, ma mie publié par Cécile Lachaîne-Brosseau (Tante Chantal). Ottawa. 1961. De la collection de Thérèse.

Le bon langage, c’est comme la propreté, un luxe à la portée de tout le monde. Pourquoi n’en profiterais-tu pas? Nous nous entendrons sur l’expression «bon langage». Quand j’emploie ce terme, je veux parler évidemment de la diction, de la prononciation des mots, mais aussi de la décence dans les paroles. Bon langage signifie aussi pour moi: phrase bien française, du moins exempte de mots anglais ou de tournures anglaises. Dis, ma mie, tu ne trouves pas que nous avons une langue riche, belle, capricieuse peut-être, mais si subtile? Oh! si tu voulais… Remarque bien que je n’aime pas les dictions exagérées, les phrases claironnantes, oh! non… ni les «formidable» échappés à tout propos; cela n’a aucun rapport avec le bon langage; mais dire toi, moi, lit froid, ici, nuit, au lieu de moé, toé, little, etc., voilà qui est indispensable, car, si ces mots sont déjà laids dans la bouche des garçons, dans celle d’une jeune fille, ils la déparent à coup sûr de toute grâce et souvent, laissent croire à un manque d’intelligence. Et surtout ne remets pas à demain, commence tout de suite, aujourd’hui même, à la minute présente. Sois naturelle, ne crois pas qu’il faille être maniérée pour dire: toi, nuit, etc… D’ailleurs, je ne conçois pas un langage de semaine et un langage de dimanche, une façon de parler à la maison, une autre à l’école ou au couvent. Non, il faut parler bien par amour de la langue, par amour de la beauté et parce que cela ne coûte rien. Il y a tant de choses inaccessibles à nous, pauvres gens ordinaires, pourquoi nous priverions-nous du plaisir gratuit de parler correctement?

Souvent, il faut être privé d’un bienfait pour l’apprécier à sa juste valeur. Ainsi, par exemple, si nous étions dans la situation des Canadiens français de l’Ontario ou de l’Ouest du Canada, qui doivent lutter à coeur d’année pour conserver le privilège de s’exprimer en français, peut-être, alors, retrouverions-nous toute la saveur des mots français, bien prononcés.

Maintenant, il ne s’agit pas de faire la pédante, et de reprendre parents et aînés; non, contente-toi de bien parler, toi. Si tu le fais simplement, on t’enviera, on voudra t’imiter et tu t’apercevras, un beau jour, que tout autour de toi, s’est formé un noyau, un noyau solide et presque musical. Car, notre langue est musicale, vraiment. Ecoute parler un Français, les mots chantent… Il n’en tient qu’à nous de faire de même. Et si tu me permets un conseil, ma mie, lis beaucoup; rien comme la fréquentation des bons auteurs pour acquérir du vocabulaire, de la facilité à s’exprimer. Et le vieux proverbe n’est jamais démodé… «Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es».

Boulevard Saint-Germain, Wim van der Linden  - 1961

Boulevard Saint-Germain, Wim van der Linden – 1961

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