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Une sorcière comme les autres

In Mariage, Maternité, Moeurs, Sexualité, Statut légal on 8 mars 2012 at 14:58

Paroles de la chanson Une sorcière comme les autres de l’auteur-compositeur-interprète Anne Sylvestre — Anne-Marie Beugras de son vrai nom. 1975.

S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefois
J’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît
Faîtes vous léger
Moi je ne peux plus bouger

Je vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amour
Je vous ai porté encore
A l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Je vous ai morcelé mon coeur

Quand vous jouiez à la guerre
Moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisons
Quand vous mourriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Avec tout le malheur dedans
Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle
Ou qui se tait
Celle qui pleure
Ou qui est gaie
C’est Jeanne d’Arc
Ou bien Margot
Fille de vague
Ou de ruisseau

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Et c’est la soeur
Ou l’inconnue
Celle qui n’est
Jamais venue
Celle qui est
Venue trop tard
Fille de rêve
Ou de hasard

Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres
Il vous faut
Etre comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attend
S’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie
Ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà
Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiez
Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue

Quand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plus
Quand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessous

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime
Ou n’aime pas
Celle qui règne
Ou qui se bat
C’est Joséphine
Ou la Dupont
Fille de nacre
Ou de coton

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui attend
Sur le port
Celle des monuments
Aux morts
Celle qui danse
Et qui en meurt
Fille bitume
Ou fille fleur

Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous y rêvez depuis longtemps
Libre et fort comme le vent
S’il vous plaît
Libre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur
Pour moi je vous sais par coeur

J’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi je peux
J’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière
J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pas
Mais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peux plus
Le sol se rompt
On découvre des richesses inconnues
La mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyé

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre
Ou c’est l’enfant
Celle qui cède
Ou se défend
C’est Gabrielle
Ou bien Eva
Fille d’amour
Ou de combat

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui est
Dans son printemps
Celle que personne
N’attend
Et c’est la moche
Ou c’est la belle
Fille de brume
Ou de plein ciel

Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Faîtes vous léger
Moi je ne peux plus bouger

The Runaways avec leur impressario Kim Fowley, 1975.

Mademoiselle

In Moeurs, Statut légal on 1 janvier 2012 at 10:29

Extrait tiré du livre Les Annales politiques et littéraires, tome quatre-vingt-cinquième. Article d’Yvonne Sarcey (nom de plume de Madeleine Brisson). Paris: Rédaction et Administration, 1925.

Une ligue pour l’Amélioration de la Femme, Gallia, suggère une proposition, en somme, très défendable…

Pourquoi, en effet, ce titre éternel de «Mademoiselle», qui marque le printemps de la vie et poursuit ironiquement de sa jeunesse d’honorables vieilles filles aux cheveux blanchis?… Pourquoi apprendre au monde qu’elles n’ont pas d’époux et marquer leur virginité d’une sorte de déchéance?… En nommant un homme «Monsieur», son état civil reste intact et vous n’avez pas l’indiscrétion de signifier à tous qu’il est marié ou à marier; au contraire, en appelant «Mademoiselle» une personne mûrissante, vous étiquetez son célibat et faites irruption dans le domaine de la vie privée.

Maintenant, toutes les bachelières savent parfaitement que «Mademoiselle» vient du latin domicella, et veut dire «jeune maîtresse». Elles sont les premières à penser que ce titre sied à leurs joues en fleur, à leurs vertes espérances, à leur grâce d’étudiante, mais ne convient plus autant aux aînées: les personnes importantes qui ont pris du grade, de leur compétence, le sens de la liberté, et, au fur et à mesure des années, le sentiment de leur valeur.

«Mademoiselle» explique-t-îl tout cela?… Pas du tout… Est-ce un hommage, un signe de déférence? Aux yeux du public, «Mademoiselle» traduit seulement le désert du cœur, le célibat, — imposé ou consenti, peu importe! — en un mot, l’absence de l’amour, cette déclaration de la loi de l’homme est-elle bien nécessaire?

(…)

Car on les regardait vieillir, ces tristes vieilles filles, et s’abîmer dans le reflet d’un rêve éteint. De toutes leurs ferveurs retombées, on fabriquait leurs petits ridicules. Le silence de leurs sourires, le mystère voilé de leurs déceptions, la nuit de leur bonheur, servaient de prétexte à mille traits d’esprit… «Mépris, honte», avait osé écrire le grand Corneille parlant de leur chaste vieillesse… L’opinion et le monde ratifiaient l’horrible préjugé.

Ah! qu’aujourd’hui les femmes célibataires vivent dans un temps plus heureux! Elles en abusent même et tirent furieusement honneur d’une indépendance parfois excessive. «Ni chaînes ni mariage», déclarent ces «dragons» férus de liberté… En quoi elles ont tort. Le mariage restera toujours le but sacré de la jeunesse…

(…)

L’appellation juvénile de «Mademoiselle», qui vient fixer dans la mémoire des indifférents un état d’innocence et de célibat ne regardant guère que la famille, n’a plus, aujourd’hui, sa raison d’être. Et comme toute chose vient en son temps et que chacune naît de son besoin, je ne doute point que bientôt, très naturellement, et parce que cela est logique et conforme aux nécessités modernes, les femmes ayant dépassé l’âge des études et des amourettes, et ayant par leur travail conquis une notoriété quelconque, ne soient enfin appelées «Madame».

Ainsi — l’ordre établi et l’harmonie respectée — finira l’histoire des vieilles filles…

— En ce temps là (conteront alors des dames aux cheveux de neige à des petits enfants qui les écouteront, étonnées), en ce temps-là, il y avait sur la terre des personnes très malheureuses. Une méchante fée n’avait point permis qu’aucun homme les aimât. On les appelait des «demoiselles» et, jusqu’à ce qu’elles mourussent de vieillesse ou de désolation, il fallait qu’elles supportassent ce titre qui faisait rire, parce qu’on le leur donnait bien longtemps après que, n’étant plus aimables ni aimées, leur mine contrite montrait qu’elles eussent souhaité un autre sort. Etc., etc…

Et ce sera le temps heureux où les «Mademoiselle» auront toutes vingt ans…

Helen Tredway Graham, scientifique américaine. 1925. "Graham conducted research on nerve physiology early in her career. At age 60, she switched her research interests to study histamine. She discovered its function in mast cells and developed sensitive methods for its measurement."

La rupture du lien

In Mariage, Moeurs, Statut légal on 15 octobre 2011 at 19:43

Extrait tiré du livre Philosophie familiale publié par Jean-Baptiste Gauvin, L.Ph., D.Th. Montréal. 1959. De la collection de Thérèse.

Il y a des mariages qui aboutissent en fait au malheur des époux et qui nuisent à la bonne éducation des enfants. Tout en admettant l’indissolubilité du mariage comme loi générale, n’y aurait-il pas lieu d’admettre le divorce pour certains cas malheureux et d’accorder à certains époux le bonheur auquel ils ont droit?

Réponse — 1) Le droit de l’homme au bonheur terrestre n’est pas un droit absolu, inconditionné. L’homme a le droit de chercher le bonheur ici-bas, mais dans le cadre des institutions nécessaires au développement du genre humain.

La famille est l’une de ces institutions. Elle doit être organisée selon la formule la plus favorable au bien de l’enfant et des époux, soit selon la loi de l’indissoluble unité.

2) La question importante n’est pas de savoir si tous les individus humains trouveront le bonheur parfait dans la vie conjugale, mais de savoir si le mariage indissoluble est la forme la plus favorable au bien de l’humanité. Trouver d’ailleurs une forme d’organisation sociale capable de rendre automatiquement tous les hommes heureux est une utopie.

3) Le régime du divorce n’est pas une solution au problème de la vie conjugale. En fait, le régime du divorce n’a pas supprimé les malheurs du foyer. Loin de là: le divorce a contribué à ruiner l’œuvre de la famille; la fécondité a diminué en proportion des divorces; les querelles de ménage ont augmenté; l’adultère s’est multiplié et les actes de violence contre le conjoint n’ont fait que s’accroître. Le remède qu’on proposait a entraîné des maux plus graves que celui qu’il prétendait guérir.

4) Sans doute, là où il n’y a pas de divorce possible, le bonheur et la paix ne sont pas le lot de tous les ménages. Mais, en règle générale, l’on s’engage dans la voie du mariage avec plus de sérieux et de réflexion, on accepte plus facilement les souffrances de la vie commune, on exerce sur ses sentiments un contrôle qui diminue les drames de la vie conjugale.

Il reste que certains foyers présentent le spectacle d’un échec total sur le plan de l’amour humain. Pourquoi dès lors ces malheureuses victimes sont-elles condamnées à subir jusqu’à la mort le poids des chaînes qui les attachent à un être qu’elles ne peuvent aimer et dont elles ne reçoivent pas de tendresse?

C’est que le bien commun de l’humanité, fin première de la famille, doit être préféré au bien individuel.

(…)

Bref, l’indissolubilité offre plus d’avantages que d’inconvénients. Quand l’amour existe entre les époux, elle le protège et contribue à sa purification. Si par hasard, l’amour des époux fait défaut, l’on sauve du moins la société conjugale.

Barbara and Russell Neff, le 17 août 1959. Le couple a fêté 50 ans de mariage en 2009.

Ce qu’en disait Napoléon

In Statut légal on 3 septembre 2011 at 12:06

Citation de Napoléon Bonaparte, tirée du livre Mémorial de Sainte-Hélène: Journal de la vie privée et des conversations de l’Empereur Napoléon. Tome II, quatrième partie publié par Emmanuel-Auguste-Dieudonné Las Cases (comte de). Témoignage recueilli en 1816. Publié en 1823.

Vous prétendriez à l’égalité? Mais c’est folie: la femme est notre propriété, nous ne sommes pas la sienne; car elle nous donne des enfans, et l’homme ne lui en donne pas. Elle est donc sa propriété comme l’arbre à fruit est celle du jardinier. Si l’homme fait une infidélité à sa femme, qu’il lui en fasse l’aveu, s’en repente, il n’en demeure plus de traces; la femme se fâche, pardonne, ou se raccommode, et encore y gagne-t-elle parfois. Il ne saurait en être ainsi de l’infidélité de la femme: elle aurait beau l’avouer, s’en repentir: qui garantit qu’il n’en demeurera rien? Le mal est irréparable, aussi ne doit-elle, ne peut-elle jamais en convenir. Il n’y a donc, Mesdames, et vous devez en convenir, que le manque de jugement, des idées communes et le défaut d’éducation qui puisse  porter une femme à se croire en tout l’égale de son mari. Il n’y a, du reste, rien de déshonorant dans la différence; chacun a ses propriétés et ses obligations: vos propriétés, Mesdames, sont la beauté, les grâces, la séduction; vos obligation, la dépendance et la soumission, etc. etc.

Le Divorce de Napoléon. Artiste: Eleuterio Pagliano (1878)

L’Abbé Perrin appuyant le droit de vote des femmes du Québec

In Statut légal on 2 mai 2011 at 20:06

Lettre de l’abbé Perrin appuyant le droit de vote des femmes du Québec. La Semaine religieuse de Montréal, 19 décembre 1921, pp. 386-389.

Montréal, le 9 décembre 1921

M. l’abbé ELIE-J. AUCLAIR,
directeur de la Semaine religieuse.

Cher monsieur Auclair,

JE vous serais reconnaissant si vous vouliez bien insérer dans la Semaine religieuse et dans la Revue canadienne les remarques suivantes.

Dans la question du suffrage féminin, il y a trois choses à distinguer avec soin : 1. Une question de principe 2. Une question de fait 3. Une question d’opportunité.

1. Question de principe. – En ce qui regarde la première, il me semble qu’elle se pose ainsi. Les femmes ont-elles droit au vote ? Cette question est controversée. J’ai enseigné, parce que je crois que c’est la vérité, que dans le système de démocratie actuelle, basée sur le suffrage, la femme comme l’homme a droit au suffrage ; que, mariée ou non mariée, elle soutient les charges de l’Etat ; qu’elle a de grands et de mul­tiples intérêts à défendre ; que la priver du droit de vote c’est lui enlever son moyen le plus puissant de défense; que la femme est une personne et. que comme telle elle jouit de l’inviolabilité en ce qui concerne la pensée politique aussi bien que lorsqu’il s’agit de morale et de religion ; qu’en l’excluant des comices électorales, il n’est pas vrai de dire, selon l’axiome démocratique, que la loi qu’elle ne fait pas est l’expression de la volonté générale et que le gouvernement qu’elle ne consent pas est la représentation légitime des gouvernés, etc.

Au moyen âge, les femmes participaient aux élections aux communes et même aux états-généraux, sous l’oeil bienveillant de l’Église, et les actes dans lesquels elles sont intervenues sont sages et universellement réputés tels ; elles ont voté sans nuire à l’accomplissement de leurs devoirs. La résurrection du droit romain avec la Renaissance, puis la Réforme, et l’enseignement répété de Luther ont limité les droits électoraux de la femme; c’est la sauvagerie et la dureté des moeurs révolution­naires qui ont achevé l’abolition des droits des femmes dans la vie publique. Dans les temps modernes, le mouvement féministe a repris et, dans tous les pays civilisés du monde, excepté en France et en Suisse, les droits électoraux leur ont été rendus.

Est-ce que la participation des femmes à la vie publique a entraîné les perturbations domestiques que l’on redoute tant? Au témoignage de nombreux publicistes qui ont suivi attentivement le mouvement social en Europe, en Asie, en Amérique, non, ni dans le passé, ni dans le présent.

Voilà ce que j’ai soutenu sur la question de principe, appuyé sur de graves autorités ecclésiastiques et laïques. Libre à d’autres de soutenir la thèse contraire. La question est ouverte.

2. Question de fait. — J’ai aussi dit publiquement que le suffrage féminin est un bien pour la société et c’est ce point surtout qui a été mal vu d’un grand nombre. Pourtant, le nier serait se montrer singulièrement étranger à l’histoire sociale contemporaine. Il suffit de jeter un coup d’oeil, même superficiel, sur la législation sociale des pays où fonctionne le suffrage féminin pour se convaincre qu’il a été la cause d’un grand nombre de mesures éminemment utiles à la société. Ici surtout les témoignages abondent. Aucun publiciste n’est reçu à les ignorer.

Le cardinal Vaughan, en Angleterre, acquiesçait formellement à la coopération des femmes aux affaires publiques ; Mgr Ireland, dans un discours public disait « qu’il ne faut pas désespérer du monde si les femmes obtiennent le droit de suffrage »; le Saint-Père actuellement régnant a dit « qu’il désirait voir des femmes électrices partout ».

Ces paroles supposent évidemment que le vote féminin n’est pas un mal social. Pour combattre le suffrage accordé à la femme, ce n’est pas au point de vue social qu’il faut se placer, mais au point de vue des principes, du droit naturel ; là, chacun est libre et la dispute serait sans fin.

3. Question d’opportunité. — Enfin la troisième question est celle d’opportunité à laquelle je n’ai touché ni de près ni de loin. Est-il opportun pour les femmes canadiennes et catholiques de se préoccuper des questions politiques actuellement ? La seule autorité compétente pour répondre à cette question est celle de Nos Seigneurs les évêques qui ont charge de nous diriger et à laquelle il nous est doux et facile de nous soumet­tre sachant le lourd fardeau qu’ils ont quelquefois à porter et les angoisses qui souvent accablent leurs âmes.

Agréez, cher monsieur Auclair, l’expression de mon amitié,

L. PERRIN, p. s. s.

Équipe de hockey du groupe d'éducation physique, Montréal, QC, 1921 Wm. Notman & Son

L’Église et le suffrage

In Statut légal on 21 avril 2011 at 09:55

Lettre de Mgr Paul-Eugène Roy à Marie Gérin-Lajoie, 10 février 1922.

«Madame,

Je n’ai pas d’objection à vous recevoir, quand il vous plaira de venir. Seulement, je vous déclare bien franchement que toute discussion sur le suffrage féminin entre nous serait plutôt désagréable et parfaitement inutile.

J’ai là dessus des idées que vous ne modifierez pas, et, d’autre part, je ne crois pas pouvoir modifier les vôtres, surtout dans un entretien forcément court.

L’Épiscopat de la Province a pris là dessus une attitude bien définie, et je trouve tout à fait inopportun d’ouvrir un débat personnel en une matière aussi grave et complexe.

Votre tout dévoué en N.S.»

Marie Gérin-Lajoie



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