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Archive pour la catégorie ‘Moeurs’

La danse, les curés et les confesseurs

Dans Moeurs, Religion le 6 janvier 2012 à 13:48

Note de l’éditeur: Un grand merci à Ianick Marcil pour le tuyau.

Extrait tiré du livre Théologie morale à l’usage des curés et des confesseurs. Publié par Mgr. Thomas M.J. Gousset. Paris: Jacques LeCoffre et cie, Libraires, 1848.

Rarement la danse, même décente, est sans quelque danger: le plus souvent elle est dangereuse, plus ou moins, suivant les circonstances et les dispositions de ceux qui la fréquentent; il serait donc imprudent de la conseiller ou de l’approuver. Mais  autre chose est d’approuver la danse; autre chose, de la tolérer. Un pasteur fera tout ce qu’un zèle éclairé lui permettra de faire, pour empêcher les danses et les bals de s’introduire dans sa paroisse. Il évitera toutefois d’aller trop loin, de crainte d’être plus tard dans la nécessité de reculer; ce qui compromettrait son autorité. Si, malgré sa vigilance et ses exhortations, la danse s’introduit et s’établit dans sa paroisse, il doit la tolérer, sauf les cas suivants:

1° Un confesseur ne peut absoudre ceux qui persistent à vouloir fréquenter les danses regardées comme étant notablement indécentes, soit à raison des costumes immodestes qu’on y porte, mulieribus nempe ubera immoderate nudata ostendentibus, soit à raison des paroles obscènes qu’on s’y permet; soit enfin à raison de la manière dont la danse s’exécute, contrairement aux règles de la modestie. On excuserait cependant une femme qui, ne se permettant rien de contraire à la décence, prendrait part à la danse uniquement pour faire la volonté de son mari, auquel elle ne pourrait déplaire sans inconvénient.

2° Il ne peut absoudre ceux qui fréquentent les bals masqués, à raison des désordres qui en sont inséparables.

3° II ne doit point absoudre ceux qui ne veulent pas renoncer à l’habitude de danser pendant les offices divins.

4° Que la danse se fasse d’une manière convenable ou non, on ne peut absoudre les pénitents pour lesquels elle est une occasion prochaine de péché mortel, à moins qu’ils ne soient sincèrement disposés à s’en éloigner. Mais, pour que la danse soit une occasion prochaine de péché mortel, il ne suffit pas qu’elle occasionne de mauvaises pensées ou autres tentations, même toutes les fois qu’on y va; car on en éprouve partout, dans la solitude comme au milieu du monde.

Signataires de la Convention de Seneca Falls de 1848, la première convention pour les droits des femmes à se dérouler sur le sol des États-Unis.

Gens de maison: les domestiques

Dans Moeurs, Profession le 2 janvier 2012 à 13:34

Extrait tiré du livre Les Annales politiques et littéraires, tome quatre-vingt-cinquième. Article d’Yvonne Sarcey (nom de plume de Madeleine Brisson). Paris: Rédaction et Administration, 1925.

Suite à la publication d’une série d’articles à ce sujet dans les numéros des 19 juillet et 2 août 1925:

Quelques maîtresses de maison ont cru que le prenais la défense des domestiques. Dieu m’en garde! …

J’ai simplement constaté que c’était une espèce en train de disparaître et dont on ne retrouverait plus le spécimen qu’à l’état d’exception… La vieille servante d’autrefois, humble, soumise, contente de sa mansarde et de son dur labeur, a vécu. Il en est de son auguste figure comme de ces fiacres traînés par une haridelle dont on regarde la silhouette avec l’attendrissement des vieilles choses en train de disparaître et qu’on aimait. On sait qu’on ne les reverra plus; les moteurs ronflent, les trompes déchirent l’air, la file des taxis s’allonge aux stations, la vitesse règle et dérègle la vie moderne. Ceci a tué cela … Le pauvre fiacre trottinant, son vieux cocher à la trogne rougie par le vent, ruisselant du haut de son siège sous ses triples pèlerines, ne s’adapte plus aux mœurs… Il circule encore, à l’ébahissement des enfants; mais, demain, le dernier fiacre ira se ranger en quelque musée rétrospectif, aux côtés de la berline ou de la diligence, pas loin de la chaise à porteurs, et la foule, le dimanche, regardera la relique avec des yeux étonnés, et jugera cette boîte suspendue sur quatre roues d’un comique irrésistible.

Ainsi, peut-être, en va-t-il des domestiques d’antan…

Il surgit à l’heure présente, dans nos ménages, des personnes explosives frappées du mal du siècle: l’indépendance… Sans culture, sans éducation, elles foncent comme des énergumènes dans cette voie sacrée de la liberté où tout le monde se précipite, et s’y montrent pour la plupart maladroites ou insolentes. Mais le fait essentiel, impossible à nier, c’est qu’elles y sont, et elles ne retourneront pas plus à leur esclavage d’hier que nos filles ne reviendront à leur petite broderie, rêver, sous la lampe à pétrole, au beau jeune homme qui les enlèvera… Il faut donc s’arranger, trouver un terrain d’accommodements, faire reculer d’un pas les excitées, et avancer au-devant celles, plus dignes, qui ne demandent qu’un peu de mieux-être et leur part de liberté… Car, ne l’oublions pas, une évolution formidable a créé un esprit nouveau, des besoins autres, une conception de la vie totalement différente… Et se lamenter sur ce qui n’est plus, regretter les bonnes d’autrefois, le respect de jadis, les habitudes de ma grand’mère, c’est s’agiter dans le néant et parler pour ne rien dire… S’adapter pour n’avoir pas à abdiquer, voilà qui me semble plus sage et peut-être plus adroit.

Or, nos filles ont cru, en prenant bachots et licences, se libérer des soucis matériels. Grande méprise! Elles n’avaient pas prévue que, pendant qu’elles s’évadaient par le travail, la classe au-dessous, par un rythme identique, répondait aux mêmes secrètes aspirations, cherchait également à s’affranchir… Et tout à coup ces intellectuelles, éprises de leur métier, ou ces jeunes mondaines, affolées de dancings, n’ont plus trouvé personne pour les servir. Et leur rencontre: maîtres et domestiques nouveau jeu, fut catastrophique. Ici, on ne savait plus commander; là, on ne voulait plus obéir. Et, comme toujours, les vieux ont payé les pots cassés…

Washington, D.C. American Nature Association. Monday September 14th, 1925. National Photo Company Collection glass negative.

Mademoiselle

Dans Moeurs, Statut légal le 1 janvier 2012 à 10:29

Extrait tiré du livre Les Annales politiques et littéraires, tome quatre-vingt-cinquième. Article d’Yvonne Sarcey (nom de plume de Madeleine Brisson). Paris: Rédaction et Administration, 1925.

Une ligue pour l’Amélioration de la Femme, Gallia, suggère une proposition, en somme, très défendable…

Pourquoi, en effet, ce titre éternel de «Mademoiselle», qui marque le printemps de la vie et poursuit ironiquement de sa jeunesse d’honorables vieilles filles aux cheveux blanchis?… Pourquoi apprendre au monde qu’elles n’ont pas d’époux et marquer leur virginité d’une sorte de déchéance?… En nommant un homme «Monsieur», son état civil reste intact et vous n’avez pas l’indiscrétion de signifier à tous qu’il est marié ou à marier; au contraire, en appelant «Mademoiselle» une personne mûrissante, vous étiquetez son célibat et faites irruption dans le domaine de la vie privée.

Maintenant, toutes les bachelières savent parfaitement que «Mademoiselle» vient du latin domicella, et veut dire «jeune maîtresse». Elles sont les premières à penser que ce titre sied à leurs joues en fleur, à leurs vertes espérances, à leur grâce d’étudiante, mais ne convient plus autant aux aînées: les personnes importantes qui ont pris du grade, de leur compétence, le sens de la liberté, et, au fur et à mesure des années, le sentiment de leur valeur.

«Mademoiselle» explique-t-îl tout cela?… Pas du tout… Est-ce un hommage, un signe de déférence? Aux yeux du public, «Mademoiselle» traduit seulement le désert du cœur, le célibat, — imposé ou consenti, peu importe! — en un mot, l’absence de l’amour, cette déclaration de la loi de l’homme est-elle bien nécessaire?

(…)

Car on les regardait vieillir, ces tristes vieilles filles, et s’abîmer dans le reflet d’un rêve éteint. De toutes leurs ferveurs retombées, on fabriquait leurs petits ridicules. Le silence de leurs sourires, le mystère voilé de leurs déceptions, la nuit de leur bonheur, servaient de prétexte à mille traits d’esprit… «Mépris, honte», avait osé écrire le grand Corneille parlant de leur chaste vieillesse… L’opinion et le monde ratifiaient l’horrible préjugé.

Ah! qu’aujourd’hui les femmes célibataires vivent dans un temps plus heureux! Elles en abusent même et tirent furieusement honneur d’une indépendance parfois excessive. «Ni chaînes ni mariage», déclarent ces «dragons» férus de liberté… En quoi elles ont tort. Le mariage restera toujours le but sacré de la jeunesse…

(…)

L’appellation juvénile de «Mademoiselle», qui vient fixer dans la mémoire des indifférents un état d’innocence et de célibat ne regardant guère que la famille, n’a plus, aujourd’hui, sa raison d’être. Et comme toute chose vient en son temps et que chacune naît de son besoin, je ne doute point que bientôt, très naturellement, et parce que cela est logique et conforme aux nécessités modernes, les femmes ayant dépassé l’âge des études et des amourettes, et ayant par leur travail conquis une notoriété quelconque, ne soient enfin appelées «Madame».

Ainsi — l’ordre établi et l’harmonie respectée — finira l’histoire des vieilles filles…

— En ce temps là (conteront alors des dames aux cheveux de neige à des petits enfants qui les écouteront, étonnées), en ce temps-là, il y avait sur la terre des personnes très malheureuses. Une méchante fée n’avait point permis qu’aucun homme les aimât. On les appelait des «demoiselles» et, jusqu’à ce qu’elles mourussent de vieillesse ou de désolation, il fallait qu’elles supportassent ce titre qui faisait rire, parce qu’on le leur donnait bien longtemps après que, n’étant plus aimables ni aimées, leur mine contrite montrait qu’elles eussent souhaité un autre sort. Etc., etc…

Et ce sera le temps heureux où les «Mademoiselle» auront toutes vingt ans…

Helen Tredway Graham, scientifique américaine. 1925. "Graham conducted research on nerve physiology early in her career. At age 60, she switched her research interests to study histamine. She discovered its function in mast cells and developed sensitive methods for its measurement."

Savoir-vivre: le code de la civilité

Dans Moeurs le 31 décembre 2011 à 10:29

Extrait tiré du livre Larousse Ménager. Publié avec la collaboration de R.-E.-Jeanne Chancrin et de nombreux techniciens. Paris: Librairie Larousse, 1955.

Connaissance des usages du monde; art de rendre faciles et agréables les relations sociales. Le savoir-vivre allège, par la politesse et l’urbanité des manières, les obligations auxquelles chacun est astreint en société et qui constituent le code de la civilité.

Il importe surtout d’éviter ces deux grands écueils: l’embarras et la prétention; et la meilleure règle, en toute occasion, est d’agir le plus simplement et le plus naturellement possible.

L’aisance dans le maintien est une qualité qu’il faut s’efforcer de conquérir ou de conserver; l’allure du corps doit être dégagée, les gestes prompts, mais mesurés, la démarche alerte, la tête haute, sans raideur et sans affectation.

On ne s’assied ni tout au bord de la chaise ni tout au fond du fauteuil; on s’accoude sans nonchalance, et on ne se balance pas sur son siège.

(…)

En entrant dans un salon, on salue d’abord la maîtresse de maison; ensuite les personnes de l’assistance. Pour une visiteuse, les dames présentes peuvent saluer sans se lever, quand il s’agit d’une femme plus jeune ou du même âge qu’elles, mais les hommes doivent quitter leur siège jusqu’à ce que la nouvelle venue soit assise. On ne part pas, bien entendu, sans prendre congé des maîtres de maison.

A un repas, il est aussi d’usage, en dehors d’un cercle très intime, de se soulever de sa chaise, si une femme ayant dû quitter la table un instant y revient, en faisant le geste de  déplacer sa chaise pour l’aider à se rasseoir, si l’on est placé à ses côtés; on ne doit jamais rester assis quand la maîtresse de maison (ainsi que toute femme, ou un homme plus âgé que soi) vous offre une tasse de café ou une cigarette, par exemple; les jeunes filles comme les jeunes gens ne s’assiéront qu’une fois la maîtresse de maison elle-même assise, à table comme au salon.

Au début d’un repas dépassant le cadre de la stricte intimité, la maîtresse de maison doit s’empresser de s’asseoir et d’indiquer les places à chacun de ses invités; ceux-ci, et spécialement les femmes, servies en premier, attendront qu’elle ait porté sa cuiller ou sa fourchette à la bouche pour attaquer le premier plat. Il est poli, au cours du repas, ou à la fin, d’avoir une phrase aimable montrant que l’on apprécie les mets offerts.

Généralement, lorsqu’on se rend pour la première fois chez un ménage, on fait porter auparavant, ou, à la rigueur, on apporte avec soi un bouquet de fleurs auquel, dans le premier cas, on a joint sa carte de visite. Une femme seule, invitée ainsi chez un ménage, peut très bien envoyer le jour suivant des fleurs à la maîtresse de maison ou, alors, avoir apporté des bonbons pour les enfants s’il y en a dans la maison. En tout les cas, il est tout à fait indiqué, s’il s’agit d’une première invitation, de téléphoner le lendemain pour remercier la maîtresse de maison.

Dîner de la famille Cyprien Vézeau à Ste-Claire de Colombourg en Abitibi (1955)

La Vie d’affaires

Dans Moeurs, Profession le 10 décembre 2011 à 18:23

Extrait tiré du livre Convenances et bonne manières: Le code moderne du savoir-vivre  publié par Berthe Bernage. Paris: Éditions Gauthier-Languereau. 5e édition. 1953. De la collection de Thérèse.

Pour les femmes de tous les âges, de tous les milieux, qui travaillent si nombreuses aujourd’hui, bien des questions se posent, rendues plus délicates par le mélange des deux sexes.
La femme doit adopter dans une large mesure l’état d’esprit masculin. Elle travaillera avec exactitude, sérieux et méthode.

La femme et ses chefs. — Qui a droit au respect, la femme employée ou ses chefs?
Ceux-ci, comme chefs, ont droit à la déférence, à la docilité. Celle-là, comme femme, a droit qu’on la traite avec courtoisie. Le chef peut attendre qu’elle la salue: il saura pourtant prendre les devants s’il s’agit d’une employée méritant par son âge, sa situation, sa valeur, des égards spéciaux. Le chef tendra la main le premier, s’il le juge à propos.
La travailleuse doit maîtriser sa susceptibilité, s’attendre à recevoir des ordres.
Elle doit être très attentive à sa réputation, qui pourrait être compromise par l’attitude d’un chef. La coquetterie est vite encouragée et peut entraîner loin.

La femme et ses camarades. — Pas d’amitiés engagées à la légère entre compagnes de bureau, d’atelier. Tout en montrant beaucoup d’affabilité, de complaisance, tenez-vous sur la réserve, parlez peu de vous et de votre vie familiale.
Entre garçons et filles, c’est le ton de camaraderie simple et courtoise qui convient. Pas de propos équivoques, messieurs. Et vous, mesdemoiselles, soyez plus discrètes pour vous poudrer, vous farder, vous recoiffer.
Si vous voulez avoir une attention gentille pour vos camarades, rendre une politesse, mieux vaut inviter à un goûter au dehors ou à une séance de théâtre ou de cinéma, que d’amener trop vite chez vous des inconnus ou inconnues.
Et n’écoutez pas les petites médisances, les «on-dit» sur tels ou telle de vos compagnons de travail. Soyez à votre affaire: c’est cela qui convient.

Pour solliciter un emploi. — Si vous le faites par lettre, écrivez à la main, car l’écriture donne de précieuses indications sur l’éducation, le caractère, l’ordre, le soin. Mais si on demande que ce soit dactylographié, conformez-vous à cette préférence. Signez à la main. Récrivez à la machine nom et adresse au bas du feuillet.
Enumérez brièvement, nettement vos titres, vos capacités, les références que vous pouvez fournir.
Si vous vous présentez en personne, ayez une tenue très correcte, seyante, mais discrète. Ne tendez pas la main. Ne vous asseyez pas avant qu’on vous y invite. Répondez avec sincérité et précision aux questions qui vous seront posées. Ne cherchez à tromper ni sur votre âge, ni sur vos capacités. N’ayez l’air ni intimidé, ni effronté. La simplicité est la meilleure attitude.
Quand votre interlocuteur se lèvera, vous saurez que l’entretien a duré suffisamment.

"School for Teachers. Ames Iowa Tribune photo published September 5, 1953. Teachers went to school Friday. Above are a few who attended the discussion group led by Everett Ritland. "

Le train et l’avion

Dans Moeurs le 1 décembre 2011 à 08:10

Extrait tiré du livre Savoir Vivre publié par Françoise de Raucourt. Paris: Éditions des deux coqs d’or, 1964, 152 p. De la collection de Thérèse.

Le train:

Ne foudroyez pas du regard l’homme qui ne se précipite pas pour mettre vos bagages dans le filet. Il est courtois de le faire mais, s’il ne le fait pas, demandez lui son aide avec le sourire.

N’envahissez pas les filets en y étalant vos bagages.

Ne choisissez pas un compartiment de fumeurs si l’odeur du tabac vous incommode. Dans les autres, que la personne qui fume s’assure que personne n’y voit d’inconvénient, sinon, qu’elle aille fumer dans le couloir.

Si vos enfants ont la bougeotte, installez-vous du côté du couloir. Prévoyez de quoi les occuper pendant le voyage. S’ils sont vraiment insupportables, ne les laissez pas crier ou se battre dans le compartiment: faites-les sortir.

Si vous apportez un pique-nique, évitez le saucisson à l’ail et le munster, prenez plutôt des sandwiches enveloppés de cellophane. Mangez discrètement, sans étaler vos papiers gras, ni salir le compartiment

Vous devez vous incliner de bonne grâce si quelqu’un demande à fermer la fenêtre, même si vous étouffez. La loi protège les frileux.

Ne pas demander l’extinction des lumières avant vingt-trois heures.

Ne gardez pas d’un bout à l’autre du voyage une place qui vous aura été cédée par une personne bien élevée.

Ne montez pas sur la banquette et, si vous y étendez vos jambes, recouvrez-la d’un papier.

Ne vous endormez pas sur l’épaule d’un voisin et ne le contraignez pas, par diverses manoeuvres de poussée, à n’occuper que le quart de sa place.

L’avion:

Se munir d’un remède contre le mal de l’air.

Adressez-vous toujours à l’hôtesse ou au stewart en les appelant Mademoiselle ou Monsieur. Si vous avez besoin d’aide ou d’un renseignement, ne leur donnez pas de pourboire, mais remerciez-les avec amabilité.

Abstenez-vous de fumer le cigare et respectez scrupuleusement les consignes.

Ne semez pas la panique dans l’avion en perdant votre sang-froid au moindre bruit suspect.

Ne confiez pas à des amis qui voyagent en avion des paquets lourds et volumineux qui leur vaudraient un excédent de bagages.

Hôtesse de l'air, Southern Airways, 1964

 

Les mœurs et la société ont tellement changé depuis la Révolution…

Dans Moeurs le 10 novembre 2011 à 21:29

Extrait de Journal d’une femme de cinquante ans:1778-1815, journal intime de Henriette Lucy Dillon, Marquise de La Tour du Pin. Rédigé entre 1820 et 1853. Publié à Paris en 1906.

«Le manuscrit du Journal d’une femme de cinquante ans fut, à la mort de l’auteur, recueilli par son fils, Aymar, marquis de La Tour du Pin. Celui-ci le légua à son neveu, Hadelin, comte de Liedekerke Beaufort, qui le confia lui-même, peu de temps avant de mourir, à l’un de ses fils, le colonel comte Aymar de Liedekerke Beaufort.

Ce manuscrit a paru suffisamment intéressant pour mériter d’être imprimé, tout au moins pour en assurer la conservation définitive.

Puissent ces volumes consacrer le souvenir de la marquise de La Tour du Pin et être considérés comme un témoignage de filiale affection offert à sa mémoire par l’un de ses descendants.»

Les mœurs et la société ont tellement changé depuis la Révolution que je veux retracer avec détail ce que je me rappelle de la manière de vivre de mes parents.

(…)

Il n’y avait jamais à cette époque de grands dîners, parce que l’on dînait de bonne heure, à 2 heures et demie ou à 3 heures au plus tard. Les femmes étaient quelque fois coiffées, mais jamais habillées pour dîner. Les hommes au contraire l’étaient presque toujours et jamais en frac ni en uniforme, mais en habits habillés, brodés ou unis, selon leur âge ou leur goût. Ceux qui n’allaient pas dans le monde, le soir, ou le maître de la maison, étaient en frac et en négligé, car la nécessité de mettre son chapeau dérangeait le fragile édifice du toupet frisé et poudré à frimas. Après le dîner on causait: quelquefois on faisait une partie de trictrac. Les femmes allaient s’habiller, les hommes les attendaient pour aller au spectacle, s’ils devaient y assister dans la même loge. Restait-on chez soi, on avait des visites tout l’après-dîner et à 9 heures et demie seulement arrivaient les personnes qui venaient souper.

C’était là le véritable moment de la société. Il y avait deux sortes de soupers, ceux des personnes qui en donnaient tous les jours, ce qui permettait à un certain nombre de gens d’y venir quand ils voulaient, et les soupers priés, plus ou moins nombreux et brillants. Je parle du temps de mon enfance, c’est-à-dire de 1778 à 1784. Toutes les toilettes, toute l’élégance, tout ce que la belle et bonne société de Paris pouvait offrir de recherché et de séduisant se trouvaient à ces soupers. C’était une grande affaire, dans ce bon temps où l’on n’avait pas encore songé à la représentation nationale, que la liste d’un souper. Que d’intérêts à ménager! que de gens à réunir! que d’importuns à éloigner! Que n’aurait-on pas dit d’un mari qui se serait cru prié dans une maison parce que sa femme l’était! Quelle profonde connaissance des convenances ou des intrigues il fallait avoir! Je n’ai plus vu de ces beaux soupers, mais j’ai vu ma mère s’habiller pour aller chez la maréchale de Luxembourg, à l’hôtel de Choiseul, au Palais-Royal, chez Mme de Montesson.

À cette époque il y avait moins de bals qu’il n’y en a eu depuis. Le costume des femmes devait naturellement transformer la danse en une espèce de supplice. Des talons étroits, hauts de trois pouces, qui mettaient le pied dans la position où l’on est quand on se lève sur la pointe pour atteindre un livre à la plus haute planche d’une bibliothèque; une panier de baleine lourd et raide, s’étendant à droite et à gauche; une coiffure d’un pied de haut surmontée d’un bonnet nommé Pouf, sur lequel les plumes, les fleurs, les diamants étaient les uns sur les autres, une livre de poudre et de pommade que le moindre mouvement faisait tomber sur les épaules: un tel échafaudage rendait impossible de danser avec plaisir. Mais le souper où l’on se contentait de causer, quelquefois de faire de la musique, ne dérangeait pas cet édifice.

Henrietta-Lucy Dillon

La rupture du lien

Dans Mariage, Moeurs, Statut légal le 15 octobre 2011 à 19:43

Extrait tiré du livre Philosophie familiale publié par Jean-Baptiste Gauvin, L.Ph., D.Th. Montréal. 1959. De la collection de Thérèse.

Il y a des mariages qui aboutissent en fait au malheur des époux et qui nuisent à la bonne éducation des enfants. Tout en admettant l’indissolubilité du mariage comme loi générale, n’y aurait-il pas lieu d’admettre le divorce pour certains cas malheureux et d’accorder à certains époux le bonheur auquel ils ont droit?

Réponse — 1) Le droit de l’homme au bonheur terrestre n’est pas un droit absolu, inconditionné. L’homme a le droit de chercher le bonheur ici-bas, mais dans le cadre des institutions nécessaires au développement du genre humain.

La famille est l’une de ces institutions. Elle doit être organisée selon la formule la plus favorable au bien de l’enfant et des époux, soit selon la loi de l’indissoluble unité.

2) La question importante n’est pas de savoir si tous les individus humains trouveront le bonheur parfait dans la vie conjugale, mais de savoir si le mariage indissoluble est la forme la plus favorable au bien de l’humanité. Trouver d’ailleurs une forme d’organisation sociale capable de rendre automatiquement tous les hommes heureux est une utopie.

3) Le régime du divorce n’est pas une solution au problème de la vie conjugale. En fait, le régime du divorce n’a pas supprimé les malheurs du foyer. Loin de là: le divorce a contribué à ruiner l’œuvre de la famille; la fécondité a diminué en proportion des divorces; les querelles de ménage ont augmenté; l’adultère s’est multiplié et les actes de violence contre le conjoint n’ont fait que s’accroître. Le remède qu’on proposait a entraîné des maux plus graves que celui qu’il prétendait guérir.

4) Sans doute, là où il n’y a pas de divorce possible, le bonheur et la paix ne sont pas le lot de tous les ménages. Mais, en règle générale, l’on s’engage dans la voie du mariage avec plus de sérieux et de réflexion, on accepte plus facilement les souffrances de la vie commune, on exerce sur ses sentiments un contrôle qui diminue les drames de la vie conjugale.

Il reste que certains foyers présentent le spectacle d’un échec total sur le plan de l’amour humain. Pourquoi dès lors ces malheureuses victimes sont-elles condamnées à subir jusqu’à la mort le poids des chaînes qui les attachent à un être qu’elles ne peuvent aimer et dont elles ne reçoivent pas de tendresse?

C’est que le bien commun de l’humanité, fin première de la famille, doit être préféré au bien individuel.

(…)

Bref, l’indissolubilité offre plus d’avantages que d’inconvénients. Quand l’amour existe entre les époux, elle le protège et contribue à sa purification. Si par hasard, l’amour des époux fait défaut, l’on sauve du moins la société conjugale.

Barbara and Russell Neff, le 17 août 1959. Le couple a fêté 50 ans de mariage en 2009.

La modestie

Dans Moeurs le 5 octobre 2011 à 15:17

Extrait tiré du livre Simples conseils pour jeunes filles sur les petites vertus et petits défauts particuliers à leur âge publié par A.B. Paris. 1877.

Le front couvert d’un voile et le regard baissé,
Sans montrer, sans cacher son front pur et céleste,
Noblement recueillie en sa vertu modeste,
Elle marche en silence.

- Baour-Lormian.

En quoi consiste la modestie?

Dans une grande retenue sur la manière de penser et de parler de soi-même, dans une surveillance sévère et scrupuleuse de nos défauts, pour nous empêcher de nous enorgueillir de nos qualités.

L’enfant vraiment modeste n’étale point ses mérites, elle ne cherche point avec un empressement inquiet l’occasion de les faire valoir en vue des louanges et des applaudissements; elle accepte néanmoins les justes félicitations pour un acte de vertu, mais eu ayant soin de les rapporter à Dieu.

(…)

Fruits de la modestie par rapport aux autres.

1° Elle dispose le prochain à l’indulgence pour vos défauts et vos imperfections : on accorde volontiers une louange méritée aux jeunes filles qui ne paraissent ni la rechercher, ni l’exiger, comme l’on pardonne facilement à celles qui, par l’expression de leurs regards, par le maintien général de leur corps, ne donnent jamais lieu de croire qu’elles prétendent aux hommages ni même aux simples attentions d’autrui.

2° Elle désarme la jalousie, si prompte à prendre ombrage des dons naturels et des vertus qui lui manquent à elle-même et l’irritent, à première vue, dans les personnes à qui Dieu les accorde.

3° Elle vous fait aimer même de compagnes dont la conduite ne ressemble pas à la vôtre, mais qui ne surprennent pas en vous l’envie de vous poser en modèle vivant, en contraste perpétuel avec elles, en protestation: Cela arrive trop souvent aux jeunes filles dont l’air hautain, dont la démarche fière et le ton arrogant signifient : « admirez-moi, imitez-moi; je suis la vertu incarnée, de la plante des pieds au sommet de la tête.»

4° Elle vous préserve de beaucoup de ces rivalités journalières, de ces contestations, de ces piques, etc., sans grande importance en elles-mêmes , mais qui, par leur fréquence, deviennent un sujet de trouble et d’ennui.

5° Elle vous rend indulgentes pour vos compagnes.

6° Elle vous empêche d’être ridiculement exigeante, de vous croire blessée au vif par la plus légère impolitesse, par le plus petit manque de bienveillance. Puisque vous avez le bon esprit de ne pas demander, de ne pas même désirer la première place au jeu, dans les rangs, etc., peu vous importe qu’une autre l’occupe.

7° Elle est la base de toute vraie civilité. Une jeune fille modeste peut ignorer les usages du monde, et ne pas savoir au juste comment il faut placer son couvert à table, etc., etc.; mais je vous assure qu’on lui pardonne facilement son ignorance en ces matières, eu égard à son maintien, à son aimable simplicité.

(…)

Pratique de la modestie.

1° Etudiez-vous, autant que vous pourrez, à n’avoir rien de hardi dans le regard ni dans l’expression générale du visage; que votre air soit à la fois recueilli, doux et affable. Tâchez de vous montrer ainsi avec vos supérieurs, parce que vous leur devez le respect; avec vos égaux, parce que vous leur devez le bon exemple; quand vous êtes seule, parce que Dieu vous voit.

Ne soyez pas modeste en vue de plaire au prochain, ce serait une vanité déguisée, mais pour plaire à Jésus-Christ.

2° La modestie vous oblige à ne pas chercher d’autres ornements que ceux que la bienséance permet. « Ne vous glorifiez pas de votre habit, dit le sage… c’est ridicule.»

Evitez les nouvelles modes qui offensent la pudeur, soit dans vous, soit dans ceux qui vous voient.

3° Soyez bien aise d’être avertie quand vous faites involontairement quelque action contraire à la modestie, etc.

4° Si vous entendez blâmer un manque de modestie dans vos compagnes, remarquez-le pour vous en garder.

5° Ne fréquentez pas les personnes mal réglées dans leur extérieur.

6° Ne cherchez pas à montrer votre esprit, si vous en avez; surtout ne vous en servez pas aux dépens d’autrui.

7° Dérobez-vous aux félicitations même justes.

Religieuses de l'Hôtel Dieu, Québec, 1877.

Causes de la prostitution tenant à la situation particulière de la famille

Dans Moeurs le 26 septembre 2011 à 07:24

Extrait tiré du livre La Prostitution clandestine à Paris publié par le Docteur O. Commenge. Paris. 1904.

La jeune fille qui vit dans un milieu honnête, qui n’a sous les yeux que l’exemple du travail régulier et de la moralité la plus grande, a toutes les chances de rester vertueuse, à moins de circonstances extraordinaires. Si on vit dans une famille d’honnêtes gens, on s’imprègne du milieu dans lequel on est élevé; on a le sentiment de la pudeur et de la dignité personnelle. La mère de famille, jalouse d’inculquer de bons sentiments à ses enfants, saura éloigner de sa fille les causes  de dépravation que l’on rencontre si souvent dans les grandes villes

(…)

Dans les cas de remariage, comme dans les cas de concubinage, l’existence de la jeune fille subira un contre-coup funeste.

Lorsque le père est remarié, la marâtre n’est pas toujours tendre pour l’enfant de son mari. La pauvre fille, souvent rudoyée, accablée de besogne, mal nourrie, quelquefois battue, se lasse insensiblement de la situation qui lui est faite; elle quitte le toit paternel pour chercher ailleurs plus de tendresse; mais, trop souvent, elle est réduite, manquant de ressources, à se livrer à la prostitution. Si le père vit en concubinage, il arrivera, presque toujours, que sa maîtresse sera encore plus mauvaise pour la jeune fille qu’une marâtre; le séjour à la maison paternelle devient intolérable et, pour échapper aux mauvais traitements, la jeune fille disparaît; elle devient une recrue de la prostitution clandestine.

Si la mère est remariée ou si elle vit en concubinage, la situation de la jeune fille est encore plus triste. Bien souvent le mari ou l’amant de la mère sollicite les faveurs de la jeune fille; elle est l’objet d’obsessions constantes ou de sévices lorsqu’elle repousse les avances qui lui sont faites; elle est témoin des discussions violentes qui se produisent entre sa mère et le nouveau mari ou l’amant et, lorsque la réconciliation se fait, elle assiste à des scènes d’un réalisme cynique, peu propres à élever ses sentiments; progressivement son esprit se pervertit, elle perd toute notion de pudeur et d’honnêteté; elle quitte sans regret le domicile maternel et se lance dans la prostitution clandestine.

Famille Gordon et Lizzie McIvor, Saskatchewan, 1904

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